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jeudi 28 juillet 2011

Cavalier

Cavalier délicieux malicieux.
Pater.
Vu après La Conquête, de Xavier Durringer.
Vu au Saint Germain des Prés, projection et lumière film veloutées.

lundi 25 juillet 2011

MEP - accrochage été 2011

Pas une sortie du dimanche. Haunting. "L'Ombre de la guerre", produite avec une participation (de quel ordre?) de Science for Peace (Umberto Veronesi), en rapport avec la IIIème conférence mondiale Science for Peace en novembre à Bologne. Réseau italien pour le désarmement, aussi présent (informations chiffrées sur l'armement), et Alessandra Mauro pour Contrasto signant le blurb. Avec dédicace ou connexion épigraphique à Tim Hetherington, mort en avril dernier dans les conflits de Lybie.
Le photojournalisme. Les inventions de visibilité. Les grands-récits difficiles à contourner, du politique, des nations, des hommes (de la souffrance, des déchirements des deuils, des corps mutilés, de l'hébétude shell-shock, des extrêmes effectivement vécus). Les recherches, souvent déclarées, recherchées délibérément des photographiable, des side-steps de "l'actualité" : comment tracer les lignes d'intime, de connexion, de rentre présent, photographique. Et non l'image ; entre l'image.
Des déclarations régulières, aussi, sur donner à voir. L'impératif de ça. Y compris ce qui déborde l'actualité (retourner dans l'après, suivre après, par ex.).
Peu à entendre dans l'expo, son dispositif de communication, sur le ce-que-je-fous-là. Au-delà des Vraisemblables du reportage, doxa photographique éditoriale. Des chocs, par ex., d'y être (mais d'y aller?, d'aller y chercher un rapport photographique), de voir, de supporter la vue et la prendre, la destiner à. La rapporter. La photo comme communication, mais aussi.
L'histoire des "icônes culturelles" : Nick Ut au Vietnam etc. Les photos qui ont une histoire de pragmatique anti-militaire. Celles qui ont participé au retournement des "opinions publiques" sur le Vietnam, sur la Guerre du Golfe "chirurgicale", etc. Celles qui refont les nations aux moment de leurs refontes : les censures nationales de l'URSS, etc.

Le photojournalisme s'est ouvert récemment pour moi. La vigueur, héroïque (ce qui tend à fermer au contraire) mais vigueur. Il y a un effort pour aller écouter derrière la doxa du reportage, une barrière, mais il y a de la photographie. Evidemment.
Ses ressources dans l'histoire de la photo, et avec une fonction particulière de la photo de reportage elle-même. Ses cultures visuelles, éventuellement jusqu'à pictoriales (les grandes images de la pitié). Anthropologies profondes du visuel. Et la poursuite de ses frayages.

Jane E. Atwood. Ses entrées. "intrusions. Recherche des lieux photographiques. Comme Mary Ellen Mark (comme Arbus). Prisons de femmes, aveugles et écoles pour aveugles, rue des Lombards, premières vues du Sida, Haïti avant le tremblement de terre et retour après, les mines antipersonnel.
Ici aussi le discours est bloqué, limité -- par le commissariat? Citations rapportées sur la curiosité, l'envie de voir. Zone silencieuse sur le rapport photo. Pas signifiant?
La photo comme entrée, ici : "les moyens" sont peu "plastiques" (Beckett). Mais pour un donner à voir?

Génération de l'air : éclectique, avec des photos qui ont déjà marqué. 10 ans du magazine. Une "génération"? Exercice d'histoire de la photo, sur le contemporain. Soit. Valeur comme tentative. Ce qu'elle produit? Quelque chose de très suspendu.
Au moins, signe d'une existence éditoriale, française, de la photo (le blurb dit "photojournalisme", mais le sens est autre ici). Présente contemporaine avec d'autres entreprises elles-aussi relativement solides.

mercredi 29 juin 2011

Stanley Greene

Rencontre de ça.
Images.

dimanche 26 juin 2011

samedi 5 février 2011

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chercher

Des semaines, des pans de temps entiers, à tenir à un fil, respiration artificielle, photographie forcée, publiée par effort de l'attention, pour voir, forcer voir.
Puis un dégagement, une aise, trouvée au creux de vraiment presque-rien. Une ressource infiniment fine, presque pauvre. Arpentant le dedans-dehors, la ligne de theatron, toujours. Mais, au lieu de la délibération (savoir de dehors, savoir articulé, délibéré, qui fait programmer des passages dans les lieux d'exposition, etc.), l'émotion trouvée (on serait bien en peine de la chercher), retrouvée dans son cheminement dans le corps : que c'est par là. Par un intime toujours facile à perdre. Par ce qui passionne, disons. L'inattendu de par où. Ce qui attire l'oeil, alors qu'il s'applique. C'est toujours plus retranché que je vois, toujours par un biais social très fort en backwater. Retraites sociales, zones photographiques pour moi, et curieusement par là lieux de l'exposition, et d'une politisation fine, minimale, une utopie de. Un où j'aimerais que ce soit un mode du politique, un point d'entrée, point de m'y-trouver-déjà-là. Quelque chose aussi d'une drôle de temporalité : un rétrospectif.
C'était au Bal, un certain endroit du premier mur d'accrochage photographié. Je cherche, je pointe, c'est oui je reconnais, des plans d'interrogation thématiquement corrects - et puis un coin de blanc et d'ombre, d'angle droit, d'un retrait presque à la ressource du formel. Les L, les satisfactions radicales, désertiques, des flooded with culture, dazzling with it : les blancs, les dynamiques des blancs-crème-gris, des angles, des cadres, des coins aux feuilles de papier et matériaux paraphernalia de la publication (cartels, cadres, spots, murs peints en blanc épais, décalques de letterings pour annonces, les rituels du commissariat et de la galerie...).

Reste qu'il faut chercher. Traverser ces .

Les entrées. Je suis au bord de. Regardé en détail le programme de plusieurs lieux de "mouvement social" hier, Démosphère. Au bord de la réalisation, du geste, mobilisation du corps - courage, en fait. Umph personnel et social. Ces tables rases, pratiques qui approchent des zones de désert, où une fragilité extrême, d'exposition à. Me planter là. L'audace délirante de.

Jean Rhys : the trickle / the lakes. Contributions to. There are such things as trickles of works. There are such values.

dimanche 14 novembre 2010

Depardon - sur Faits divers

Commentaires de Depardon sur Faits Divers, 1983 : ("pas très loin de 68")
- rester longtemps (je me tais, je ne disais rien, ma position), ne pas trop bouger, faire le lampadaire, pas bougé, comme si j'étais pas là, transparent, gênais personne. (La Constitution américaine, article 2, la transparence des services de l'Etat)
- mon quartier
- la main courante - un profil de la ville. Quelque chose qu'on ne voit pas.
- qu'il faut regarder, il faut filmer. [this refers me to "il faut", "faut", comme fil du travail ici)
- filmer les temps faibles, sur des choses sans intérêt, il naissait quelque chose. Filmer le degré zéro, vraiment l'anti-actualité. Intéressant : c'était banal.
- l'écoute : je parlais pas. Méthode de dégager l'écoute. Je commençais à donner la parole aux malheureux, oubliés de tout le monde.
- dit voyeur?
- un film civique. Avancer dans la compréhension, filmer les gens, filmer les hommes. S'approcher de l'homme (or was it des hommes?)
- Wiseman.

samedi 13 novembre 2010

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mardi 12 octobre 2010

Avec Depardon : y être

The excitement of the Depardon event - expo à la BNF, "La France de Raymond Depardon". Commencé à en approcher avec le hors série Télérama, un long entretien (et une mauvaise reproduction des couleurs, alors même qu'il y indique l'événement photographique qui s'est passé dans ce parcours : "Et, tout doucement, je me suis découvert coloriste".) Accélère fort de nombreuses directions croisées : la nation, le/s gen/s, la distance, l'autre chose que l'engagement (il dit : détachement), etc. Mais ça pour l'immédiat :

il faut bien que j'y sois pour qu'il y ait une photo.

Etonnant (ces surprises répétées, ces lenteurs et ces boucles dans comprendre poussivement), de trouver cette question sur le tapis. Toute une série de questions trouvées sous les pieds, dans la surprise, au fil de l'exploration. Cette du gen, du politique, du social, du rapport des sexes, du public, du praticable (ces percées vers la photographie, à travers le cercle de papier, l'écran que forme l'image : ce malentendu de la photo. Image et photo, énoncé et énonciation), etc. L'entrer, la publication. Ces pénétrations, ces venues, aveugles comme des taupes, c'est beau pour une pratique de l'image.

Finalement donc (on dit "finalement" simplement pour marquer un rétrospectif, un c'est au bout de l'image. Pas du tout pour une fin, et tout au contraire), y être ?! Finalement je vais y être ?!Question de place, d'avoir sa place - il dit : "ma distance", "Je ne veux plus qu'on me reproche ma distance. Je l'assume, je la revendique. Elle est mienne, chacun a sa distance." (65) C'est un rapport et pour qu'il y ait un rapport il faut un ici. D'où la justesse très pointue de ce gros mot : "La France de Depardon".
Note de Depardon, très en-dedans, intime de ce qui se passe dans son travail : sur la chambre 20 x 25, et les hauts et les bas, du ciel et du sol qu'elle donne. Sur l'abondon immédiat des hauts, qui donne directement sur les ciels, où ça ne se trouve pas. Où c'est pas là, pas ça. "Le truc qui m'intéresse, c'est le bas. D'un seul coup, on voit la terre, lesmarquages au sol, des trottoirs un peu défoncés... ça ne plaît pas toujours aux élus!" (14) Le bas : ça irait presque jusqu'aux pieds du photographe, aux pieds du pied (ici encombrant, bien trépied, chambre lourde) : un peu plus je serais dedans. Comme la mer qui vient mousser. Je serais quelque part. Plus précisément : dedans, ici. L'émotion de ce transfuge, cette percée, d'un plan dans l'autre. De là où je ne suis pas à là où tiens, je suis.
Par la photo. Dans l'exercice de ce rapport, ce passage.
(Car y être : il manquerait plus que ça.)

dimanche 3 octobre 2010

Anonymes

Expo d'ouverture, au nouveau Bal, petite impasse derrière la Place de Clichy.
"Anonymes. L'Amérique sans nom : photographie et cinéma".
Walker Evans et la forme "page imprimée", en effet.
Chauncey Hare, 1968-1972 - part dans la direction que recherche le Bal : le "documentaire". Les portraits at home, posés, sociologisés. Par exemple ce que déplace Arbus avec les nudistes et les traverstis, ou Martin Parr dans la working class des 50s et la aspiring middle class dans les années Thatcher.
Lewis Baltz : The New California Parks, 1973-74. Inaugurant. Ici l'anonyme comme confrontation, considération, de la "déshumanisation" industrialisant une frontière californienne.
Anthony Hernandez, Waiting Sitting, 1978-80. Quelque chose de précis. Les attentes, les circuits publics difficiles, "les moments 'intermédiaires', les bancs pris en enfilade sur des trottoirs dans une scène de traffic, groupes qui attendent et forment des noeuds de gens hétéroclites. Drôles de corps de ces nouvelles "ville".
Jeff Wall, deux de ces immenses caisses lumineuses, impressionnantes. Rejouées.
Mais accroche : Doug Rickard. Je n'aime pas savoir que ce sont des images retravaillées de Street View - seems to be a streak of this these days : also Michael Wolf, "Paris Street View", à voir en novembre. Mais ici quelque chose. Touche. Une qualité du passé, du râclé encore sous, ou au près. Les couleurs produites par ces médiations complexes, google, photo d'écrans ; couleurs forcées, recomposées, synthétiques. Justes (- comment s'est fabriquée cette justesse ?). Et les corps qui passent! Les instants d'apesanteur, de scènes qui en sont en minimum - the excitement of the minimum you can get to. Où il ne se passe rien, des zoneries, des impuissances sociales diverses, matière même. Je lis : "Les sujets et compositions font délibérément référence à la "nouvelle photographie couleur" américaine des années 1970.
Il intitule son site "American Suburb". Et édite American Suburb X, or ABX.

dimanche 15 août 2010

MOMA photography show

Pictures by Women: a History of Modern Photography.
The Original Copy: Photography of Scultpure, 1839 to Today. Maxime Duchamp en Egypte, Nègre à Notre-Dame, Atget à Saint-Cloud et à Sceaux, Louvre et British Museum; Rodin, Brancusi; Surrealists & Brassaï; Duchamp; photography of cultural icons; Land art, performing art, event art for record; conceptual art (Bruce Nauman, une époque).

ICP showing

Carol Bove, ses praticables, comme photographie. Ou, dans le propos de l'expo ICP "Perpectives 2010", comme ces nouveaux terrains cross-genre de la photographie : moins image qu'histoire culturelle (Hong-An Truong, The Past is a Distant Colony, French-colonized, American-bombed Vietnam), ou événement artistique. Scène.
Lena Herzog, actually haunting pictures de nouveaux-nés accidents de la nature, exploration photographique (ouverture photographique) de cabinets de curiosités, hérité dans le Musée d'anatomie humaine de l'Université de Turin. 2008.
Ed Templeton, diary, fierce, of "suburban" youth. The idea of a stream of pictures. The thrust of it, to fit the serial depiction of "dysfunctionality" - drug (seen before, Tulsa project), teenage smoking (seen before), open sex, Catholic presence functioning as a sort of guilt index as well as cultural context.
The studied, mediate, combination of pictures, of Matthew Porter. Commenting. A cowboy shot and a zeppelin shot placed in proximity. So? Can't quite detect much other than art school or critical conversation statement.

art stage





























Interesting, the curatorial cliché of describing works as "meditations about" on this or that theme or issue. (This along with "addressing".) I encounter this again as I review my clichés, noting the usual avoidance, and the cautious modes of people-adventure in the askance. Not seeing, not looking, not engaging with (HS says engagement, involvement, as he requires the wide angle forcing of the personal shells of both subject and photographer - which most scary?) ; but then wondering, circling, reverie-ing, knitting up thin reticular connections, in preciosity and in work. Wondering about the rarified space I am able to take in, and the slower, thinner texture of society it unfolds, for perusal and for the deterritorialised engagement of private mulling over. Virtual people. The cheat of it, and the work of it. The space of the thin mobile line between them. Uncomfortable and potential.

staging publication















Bruce Nauman, Days.

samedi 24 avril 2010

MvG : d'où

D'où quoi? Les envies d'entrée ravivées, surtout. Trans photographique. (Love it when invited it comes, in all simplicity.) Leur possible déplié.
. Envie d'entrer dans les travaux de Rouch, de Depardon - il faudra aller entrer dans les lieux médiathèque, ces lieux culturels un peu enfouis. Ces héros historiques de l'entrée. Le rapport entre le photographique et l'ethnologie pratique, entreprise comme telle.
. Envie d'approcher : par le journalisme? Contacts? Amélie.
. Boulevard : écrire le texte d'annonce [ce sera le même effort que pour women x women, passer dans le bd, passer au Soleil de Tunis pour commencer. [ça me fait rire que je pense à ce que je dois me mettre sur le dos en prévision de ces rencontres. J'essaie d'effacer, de devenir à la fois transparente et invisible par ordinaire. Ce sera bien toujours moi ; et c'est ce que je veux, mais ces préparatifs de moi, "présentations de soi"]
. réfléchir aux lieux : il y a cet acte au ras du politique.
. autoportrait : il faut simplement y aller. Puisque (mais c'est vertigineux, constamment asymptotique au possible) il s'agit justement de cette non-photographie, ce râcler contre un plan qui est l'épiderme du photographique. Les immenses marges de ce lieu. Les étonnements, radicaux ! A la fois entièrement impossible, et déjà là tout autour je ne suis que là --photographiquement that is.

von Graffenried

Ecrire la photo. Ce qui se passe dans la vue, la découverte d'un travail. Les étonnements, les confirmations, les lignes perspectives dégagées.
Le fait de la MEP, et des modes de publication : les livres, le photojournalisme, Match, revues majoritaires allemandes, suisses (, américaines ?). Les sujets majeurs, d'entrée majeure : la guerre civile en Algérie, et publication type Match, et type grand livre de photo. Le premier chantier : le Palais de la confédération suisse, première publication aussi (c'est taper haut ; le minorer par des moyens de facilité : les députés dans l'intimité de leur corps-représentatif: le doigt dans le nez, en bâillement, en dispositions de quinconce qui les met en patterns désindividualisés, comique facile; photographiés en grappe avec entre leurs sièges un photographe chevelu avec un zoom pointé en oblique, vers une autre scène homothétique, décentralisante donc).
"Outing" comme "donner à voir ce que l'on ne voit pas" - effet de blurb [ce qui est gardé comme résumé de résumé de procédé, dans le dépliant de visite], le tenir à ça. Faintly boring. Le plus spécifique serait dans deux dispositifs : la prise de vue à partir du "en cachette" (qui traduit la formule? - je ne me souviens même plus en quelle langue il parle lui, interviewé), appareil sur le ventre, pendant l'Algérie - puis photos montrées, après-coup, aux individus photographiés, pour un retour historique. Et 2: le panoramique (il travaille encore avec cet argentique au format décalé - "japonais, vieil appareil, adopté 1991"), que la scénographie de la MEP souligne en marquant au sol l'emplacement de deux pieds, pour que le regard vienne se ficher (se faire ficher) au coeur de la photo, de la vue enveloppante, dans (et non out).
"Parce que la situation est difficile d'accès, que l'on oublie de la voir ou que, tout simplement, on refuse de la regarder". On pourrait s'irriter de ces plans de discours idiots, adressés par personne à personne, milieu d'usure et de confusion. On peut aussi le prendre à l'énonciatif : comme ce milieu du culturel, boîte d'embrayage, c'est comme ça que ça passe. (Quoique von Graffenried fasse attention à ses modes de montre : exposition "des [socialement, de quartier] refusés" aux toits du Caire, panoramiques sur tentures (ici suspendues sur des cordes à linge ; entrée dans le système social des toits), négociations rencontres de longue date avec les photographiés, etc.) Ce n'est pas la même chose, dans une structure de communication, les accès du photographe et les circuits du voir idéologiques (ceci en lisant Althusser les matins) / artistiques : photographe / regards que la photographie va interroger. Mais je prends, c'est à prendre : la photographie qui m'intéresse, celle qui prend les deux en un même mouvement. Passe passe, énonciateur énonciation transénonciation. C'est Arbus qui m'a ouvert ça : le portrait, toujours la question de : celui de qui? De la transformation de qui? Portraiteur portraituré portraitee. Ce continu dans une photo qui est une transformation. La même question, puisqu'il y a à "parlons d'autre chose" - Beckett sur les van Velde : ni des "moyens plastiques" ni les plots des positions de sujets dans la circulation, mais "parlons de l'humain". Qui passe et est tout dans le passage, ce qui court, furet.

Il y a d'autres drames que ceux qui sont fixés ici. Ceux qui passent, qui sont fluets dans les épaisseurs du temps du juste maintenant, juste ce temps antidramatique. Mais on prendra.

"MvG ouvre des sociétés fermées et pose sur les gens et les lieux un regard à la fois brut et provocateur." Les sociétés toujours fermées, entrer, entrer. Poser un regard, intéressant pour son "ce n'est pas ça" (ordinaire, ça barbe un peu comme le Vraisemblable d'une époque qui traîne) : ce qui se pose est un rapport, la question d'un rapport, et ses étonnements. Ces what happens. Après on cherche. What happens quand MvG photographie les sacrifices de l'Aïd à Evry : instant infiniment émouvant, voir son visage où le sourire est encore tracé quand un homme portant une carcasse bien ritualisée (sculptée, enveloppée dans un plastique prévu, posée sur l'épaule d'une façon étudiée par une pratique) lui tend un menton dur, des mots agressifs, il pose la question normale : qu'est-ce que tu fous là? Comment tu entres. (Qu'est-ce que tu fous là, tout autre chose comme violence, comme socialité, que "qu'est-ce que je fous là", Depardon).
Comment MvG entre, de son corps : un appareil qui fait photographier de près, rentrant dans les groupes, rentrant dans les visages, dans les situations.

Séries exposées : "Nu au Paradis" (1988-97), "Soudan" (1995), " Guerre sans image" [Algérie, 1991-2002], "CocaineLove" (2003-2005), "Our Town - an Inside look at the United States Today" (2006), "Inside Cairo" (2007 - tiens), "London Calling" (2010 - nouveau minaret d'argent à Brick Lane, à quelques mois après le référendum suisse sur les minarets).
. La colonie de nudistes : Arbus a passé d'abord dans ce rapport, mais il reste simple comme une base : dénuder, entrer dans ce rapport nécessaire explicité photographique : le photographe aussi nu que les photographiés, qui multiplient leur nudité par son exposition publique (photographique comme publication, évidemment. D'où pas une question de regard).
. Inside Cairo : les photos comme entrée ; comme taille d'un espace alternatif (les toits pour la montre ; on voit des footage d'archive sur les gens qui passent voir, passent entre les bâches étentues). L'effet alternatif, introductif, vivisective, explicitement politiquement insupportable (récit des difficultés à faire imprimer les bâches, "autocensure") de ces vues enveloppantes, scènes de rue transformées par l'entrée. Un révélateur d'air social. Avec un effet d'entrée, de pénétration, [viol, mémoire du colonial], qui est d'une autre nature que le journalisme, le documentaire, leur lissé culturel.
. CocaineLove : le rapport soutenu aux photographiés. Une entrée réelle, qui prend les corps et les vies. Sur la drogue c'est souvent ; c'est souvent possible par les socialités douloureuses de la drogue. Ou des sexualités desperate - voir Goldin, Larry Clark (Tulsa, 1063-1971). Des scènes sociales identifiées.
. United States : aussi, une entrée classique. Qui reste champ vaste ouvert, à vivre.
. London Calling : un peu plus tiré, dispositif de l'engagement, comme une revanche artistique. Mais reste travail de photo. Le noir et blanc ici efficace : les sourires des jeunes hommes aux visages ouverts, dans le crade du N&B journalistique, en mémoire directe de "l'islamiste" de Guerre sans image". Le N&B comme ici, qui déjoue celui de l'autre : le photojournalisme, le regard de rejet, le regard comme séparation.

Format : "Ces grands tirages visent à objectiver le monde, sans aucune recherche de dramatisation. Ils plongent le spectateur au coeur de l'événement". [La photo, espace d'aprivoisement pour moi des choses que les automatismes de protection ont l'habitude de dismiss : laisser de petites choses passer, laisser goutte à goutte des choses impossibles, abject, entrer.] Savoir qu'on écrit pour. Pour des choses spécifiques, dans des recherches tâtonnantes. "Objectiver" tend vers quelque chose de MvG : le mot qu'il met (qu'on met - qui écrit, bon?) sur ce qu'il y a à comprendre de sa pratique. Couper dans les discours, dans la masse du Vraisemblable, faire une énonciation. D'accord. Contre, précisément (touche, précisément) : "dramatisation". Ne pas confondre avec la dramatisation par quoi pourrait aussi appeler son dispositif de viewing. Chercher de la peau. A y être avec sa peau (celle qu'on pourrait y laisser, that is).